La Croix-Rouge tient le cap

Publié le par Carlo Piccinini/Délégué Communication du CICR en Côte d’Ivoire

ALORS QUE LA CRISE PERSISTE EN COTE D’IVOIRE, LA SITUATION HUMANITAIRE SE DEGRADE POUR DE NOMBREUX CIVILS. DANS CE CONTEXTE INCERTAIN, LA CROIX-ROUGE DE COTE D’IVOIRE JOUE UN ROLE ACTIF DANS L’ENSEMBLE DU PAYS.S L’ENSEMBLE DU PAYS.
 

Depuis le déclenchement de la crise, le 19 septembre 2002, la Côte d’Ivoire est divisée en deux zones : l’une (au sud) est aux mains des autorités gouvernementales et l’autre (au nord) est tenue par les forces de l’opposition armée. Une zone démilitarisée, dite «zone de confiance», fait office de ligne de démarcation. Les différentes médiations et les accords signés (Linas-Marcoussis en janvier 2003 et Pretoria en avril 2005) n’ont pas suffi à débloquer la situation. Pour tenter de sortir le pays de la crise, la communauté internationale, par le biais de la résolution 1633 du Conseil de sécurité de l’ONU, a prorogé le mandat du chef de l’État d’un an et a nommé un nouveau premier ministre «aux pouvoirs élargis» afin de conduire le pays à des élections présidentielles avant octobre 2006.
Face aux tensions persistantes, Croix-Rouge, Croissant-Rouge a voulu en savoir plus sur l’action et les problèmes rencontrés par la Croix-Rouge de Côte d’Ivoire (CRCI). Sa présidente, Monique Coulibaly, a bien voulu répondre à nos questions.
Votre premier mandat s’est achevé en août dernier. Quel bilan dressez-vous ?
Rappelons que la guerre a débuté cinq mois après mon élection à la tête de la CRCI. Sans période d’initiation et sans avoir eu le temps de prendre possession de l’ensemble des dossiers de la «maison », nous avons été mis à l’épreuve de la dure réalité de l’humanitaire, dans un contexte de conflit armé, avec des moyens humains, matériels et financiers pas toujours adaptés. Mais nous avions pour nous la foi et la détermination de nos volontaires.
Sur le plan opérationnel, au regard du volume de l’assistance apportée aux victimes, de la diversité de nos actions sur le terrain et de notre positionnement sur l’ensemble du territoire national, nous pouvons affirmer que la CRCI est présente et active auprès des populations. D’autre part, nos capacités se sont renforcées dans tous les secteurs, si bien que notre personnel est mieux formé et que nos ressources matérielles et logistiques se sont améliorées.
Enfin, l’assemblée générale d’août 2005 vient de me renouveler sa confiance pour un second mandat à la tête de la CRCI, ce qui, à mes yeux, est le signe éloquent d’un bilan globalement positif, malgré un contexte difficile. Cependant, beaucoup reste à faire.
Quelles sont les principales difficultés rencontrées pendant cette période ?
La remise à flot de nos finances et le rétablissement de la coopération avec tous les partenaires du Mouvement et des organismes internationaux. C’est aujourd’hui chose faite. Les finances sont assainies, les rapports de vérification et d’audit le confirment. La grande lacune demeure le développement de ressources financières propres à la Société nationale, de manière à assurer, à terme, plus de 80 % de nos charges de fonctionnement. Malheureusement, l’urgence de la crise ne nous a pas permis de mieux nous concentrer sur cette priorité.
Quels sont les principaux problèmes et besoins de la population civile après plus de trois ans de crise et comment la CRCI y répond-elle ?
Les problèmes sont essentiellement l’accès aux soins de santé primaires, l’hygiène et la salubrité, le retour des populations déplacées dans leurs régions d’origine et le rétablissement de la cohésion sociale entre les communautés. Face à tous ces besoins, la CRCI développe — en collaboration avec ses partenaires — des projets visant à apporter des solutions. Les infirmeries pour populations déplacées dans la ville d’Abidjan, les cases de santé villageoises dans l’ouest du pays et les centres de dépistage volontaire du sida sont autant de structures qu’offre la CRCI à la population. Le projet d’appui socioéconomique aux communautés opposées par la guerre dans quatre communes du pays vise à favoriser la cohésion sociale en cette période de relèvement.
Depuis les événements du 19 septembre 2002, le pays est de facto coupé en deux. Toutefois, la cohésion de la CRCI subsiste. Quelles sont à votre avis les raisons de cette cohésion ?
La formation des volontaires de la Société nationale ainsi que les grandes campagnes de sensibilisation auprès de la population ont contribué au maintien de la cohésion. Il faut aussi retenir deux choses essentielles : d’abord, notre engagement à venir en aide aux victimes sans discrimination aucune. D’autre part la conversion de l’unité de pensée et d’action du Mouvement en véritable culture Croix-Rouge, dans laquelle les principes fondamentaux constituent la base de notre action.
Les volontaires de la CRCI doivent souvent passer des barrages afin de se rendre auprès des personnes à assister. Comment se déroulent ces déplacements?
Nos volontaires ne rencontrent aucune difficulté majeure. Les règles de sécurité mises en place par le CICR en cette période de crise ont toujours facilité nos mouvements de part et d’autre de la zone de confiance. La notification aux forces en présence de tous nos déplacements et de tout ce que nous transportons nous a évité beaucoup de désagréments et continue de nous préserver contre toute forme de suspicion.
Quel soutien la CRCI reçoit-elle des partenaires du Mouvement ?
Le soutien du CICR est essentiellement opérationnel, à savoir une aide liée aux besoins nés de la guerre. Il s’agit principalement d’un appui institutionnel à la Société nationale (formation, communication, équipement, renforcement dans le domaine des ressources humaines, etc.) et de l’assistance aux victimes. La Fédération a apporté un appui substantiel durant les premiers mois de la crise. Les Croix-Rouge française et néerlandaise et la Société du Croissant-Rouge iranien continuent de nous assister dans les secteurs du développement communautaire. Notre priorité, qui est aussi celle des partenaires du Mouvement, est de nous inscrire dans le vaste programme de relèvement post-crise, principalement dans les zones ex-insurgées.
Pour l’avenir, quelles sont vos attentes de la part des partenaires du Mouvement ?
Plus d’engagement et plus de soutien au niveau institutionnel. La flamme d’espoir que nous avons allumée depuis septembre 2002 ne doit pas s’éteindre.
Vous avez été élue pour un deuxième mandat. Quels sont les défi s devant vous ?
Le défi principal consiste à accroître nos ressources financières propres. Parallèlement à l’aide de nos partenaires du Mouvement, nous voulons être en mesure d’assumer pleinement les charges de fonctionnement et d’encadrement de nos branches locales, car le véritable développement d’une Société nationale se mesure à la capacité de ses branches locales. C’est pourquoi je m’attacherai à élargir l’assiette de soutien aux comités locaux. 
Propos recueillis par Carlo Piccinini
Délégué Communication du CICR en Côte d’Ivoire.
Extrait du magazine Croix-Rouge Croissant-Rouge N°01 juillet 06
 

legende des photos
Photo 1 Monique Coulibaly est présidente de la Croix-Rouge de Côte d’Ivoire depuis quatre ans.
©Carlo Piccinini / CICR
 
Photo 2 «Respectez l’emblème de la croix rouge !» Dessin d’un enfant des rues d’Abidjan pour un concours d’illustrations sur le droit international humanitaire en 2004.
©Croix-Rouge de Côte d’Ivoire / CICR

 

 

Publié dans Info-Presse

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